Wednesday, August 13, 2014

Saturday, August 2, 2014

Sri Aurobindo : Der „Lebende Gott" (The "Living God")



English Translation:
Sri Aurobindo presents himself to the pilgrims only four times in a year. On this year’s list of candidates for the Nobel prize for peace stood also a name of a man whom millions of Indians regard as the living incarnation of God: Sri Aurobindo. In Pondicherry, on the East Coast of India, he founded a school of open-minded practical philosophy (worldly wisdom). He himself leaves his room only four times a year in order to show himself for an hour to a procession of his followers - then he retreats again into silence where no stranger has admission and where his much-noticed poems and religious books originated. His consort shares with him the divine honours - but she also governs with practical talent the every-day life of the school (ashram): from the meals to the rhythmic athletics, from the prayer to the works in different handicraft workshops. One speaks of her never otherwise than the "Mother"; and an own mystical cult connects her to her followers whom she presents flowers in a daily celebrated ritual. But the most surprising thing is that the "Mother" is not an Indian but a France-born woman - and it is due to her that the photographer Cartier-Bresson got the rarely-granted audience with the "Living God" and the even more rare permission to take his photograph.

(Translated by Mrs. Else Tyagi)
  







*                                    *                                    *               



  Courtesy:  "HEUTE" Magazine, 8 November, 1950


   

Tuesday, July 15, 2014

"Jusqu'au bout avec Satprem" par Frédérick de Towarnicki




                                                                               



(Lui (Mensuel), janvier 1980)






Monday, July 14, 2014

"Satprem, la grande saga du yogi" par Nicole Elfi



Récit feuilleton d’une vie hors du commun qui, partie de la résistance aux nazis, se prolonge dans diverses aventures avant de trouver son idéal auprès du yogi Sri Aurobindo et de sa compagne, débouchant sur un troublant  « Yoga des cellules », qui annoncerait l’avenir de l’évolution humaine.
Satprem, (1923-2007) de son vrai nom Bernard Enginger, Breton et amoureux de la mer, l’infini reflété dans le regard, a entrepris depuis son jeune âge un voyage à travers l’humanité.
Aventurier à l’extrême, intrépide et sauvage, il a rué dans toutes les directions, tout tenté afin de voir révéler l’essence des choses, expérimenté avec une soif incessante du vrai. Qu’est-ce qui est vraiment ?
Un père alsacien, ingénieur chimiste ardent catholique, une mère bretonne et solide – « ma vraie mère » -, des pensionnats rigoureux où l’on avance en petits escadrons et uniformes, sept frères et sœurs, et puis, des échappées de joie libre au grand large, ou à courir dans la lande au parfum d’œillets sauvages : tel est le cadre de ses premières années. Mais la mer surtout, dont le « clapotement sur les bordées du bateau », ou le ressac, restera en écho de son souffle. « Je suis marin », vous dira-t-il un demi-siècle après n’avoir plus navigué.
Marin – et nul -, voilà toute l’identité qu’il aime à reconnaître. Ses affinités d’adolescent vont vers Voltaire, Rimbaud, et toute la littérature russe, André Gide qu’il considère comme son maître, rejetant de toute la ferveur de sa jeune vie les « nourritures spirituelles » que lui impose son père. Mais Gide lui-même n’a pas de vraie solution aux « horizons de suicide » de la jeunesse.
Et Beethoven était son Dieu. « Ah ! si j’étais musicien… Si je pouvais faire de la musique !… » Les notes l’amènent à la Source de la musique, la musique est un baume pour l’âme et le corps dans des conditions quelquefois difficiles.
« Plus tard, je serai écrivain ! » déclare-il pourtant un jour à la sortie du Lycée Buffon à Paris. Oui, écrivain, « Breton et marin », quoique la maison familiale d’hiver soit à Paris ou dans la région parisienne.
Seulement la vie, le vrai lieu, c’est la Baie de Quiberon, avec ses envolées de mouettes et ses lumières miroitantes ; avec ses sables vierges au petit matin d’été où s’apprêtent de longues journées de liberté totale et d’aventures passionnantes !
1942 : à dix-huit ans il entrait dans la Résistance. La Gestapo l’arrête à vingt ans tout juste pour l’envoyer en camps de concentration pendant un an et demi – assez pour n’être plus ni jeune ni homme mais pour percevoir « ce qui bat dans un homme quand il n’y a plus rien ». Quand un Destin vous tire d’une telle expérience, elle reste en filigrane de toute la vie. Le regard d’un tel homme, son approche aux questions humaines de société, de vie, de carrière, ne sont plus du tout les mêmes.
Quelques mois seulement après la sortie des camps, le temps de se rétablir d’un typhus et de faire une brève tentative à l’École Coloniale, Satprem s’envole pour l’Inde, via l’Égypte. Là, il est frappé de stupeur, seul devant ce Sphinx « comme un enfant amnésique avec son trou de douleur… et puis “ça” qui le regardait comme du fond de l’éternité, comme la mer qui aurait un regard ». Il reste un mois et demi « dans un état d’émotion incompréhensible, buvant ce monde plein – c’était vide, c’étaient des sables, des ruines, et c’était plein à craquer… »
Puis l’Inde. Son cousin François Baron était Gouverneur des Indes françaises à Pondichéry et lui offrit un poste de secrétaire privé. Le jeune homme à peine sorti des camps de concentration ne rêvait que de partir et sauta sur l’occasion. Arrivé là, il entendit parler d’un « sage »  , ancien révolutionnaire poursuivi par les Anglais, qui vivait dans la ville. C’était Sri Aurobindo, qui était là avec « Mère », sa compagne.
Pour celui qui ne s’appelait pas encore Satprem, ce fut comme un port d’attache inespéré. Satprem ne savait rien des « sagesses de l’Asie »… Le 24 avril 1946, il rencontre Sri Aurobindo : “On disait que c’était un sage… et Mère à son côté. Une chambre presque solidement silencieuse… Lui, presque écrasé de puissance immobile. Il m’a regardé. C’était si vaste, oh ! Plus vaste que tous les sables d’Égypte, plus doux que toutes les mers. Et tout a culbuté dans… je ne sais quoi. Puis Mère, assise à sa droite, qui m’a fait un si grand sourire comme si elle me disait : aah !…”

Un regard qui bouleverse la vie à jamais

Dès que son contrat au poste de secrétaire du Gouverneur de Pondichéry se termine, Satprem repart pourtant, avec sa soif insatiable d’expérimenter, se « faire réagir », comme l’alchimiste en quête de l’or de la vie.
Il s’essaie à l’archéologie en Afghanistan, sera chercheur d’or en Guyane, court les routes du Brésil, vend des dictionnaires Larousse dans les villages africains. D’aventure en aventure, il refuse également de s’installer dans l’aventure. Ses amis ont décidément quelque mal à comprendre la profonde authenticité de cette quête qui est pourtant « toujours la même », leur assure-t-il, lorsque plus tard il entreprend l’aventure intérieure et revient, après quatre ans de route, auprès de Mère, en Inde.
Il repartira cependant sur les routes, mais exclusivement en Inde : il vit dans les temples, devient moine mendiant – sannyasin – et suit une initiation tantrique. Beaucoup d’événements et d’expériences intenses, de lieux enchanteurs, dont on a le témoignage décrit à ses amis ou à sa douce compagne indienne, Sujata, ou à sa mère, à qui il voue une tendre affection.
Mais depuis 1954, il a surtout retrouvé Mère, « l’Ancienne de l’Évolution », qui jour après jour et l’air de rien, avec beaucoup de compassion et de sourire, le fait témoin et confident d’une expérience très particulière, une exploration dans le demain de l’homme, dans le sillon creusé par Sri Aurobindo. À mesure que Satprem s’unifie à l’Œuvre de transformation de la nature humaine, Mère l’emmène doucement au coeur du sujet, de ce labeur d’enfantement d’un monde nouveau.

Le Grand Jeu

L’Auroville d’alors n’est qu’un plateau de latérite au Sud de l’Inde. À deux pas de la mer sur la côte Coromandel. Avec une poignée d’Européens, Américains, quelques Indiens sur ces collines rouges et nues. Ils habitent quelques huttes provisoires – bien agréables au demeurant, murs très bas et panneaux de contreplaqué amovibles afin de laisser passer un maximum d’air dans cette fournaise du Tamil Nadu ! Pas encore d’organisation indépendante : Mère, à l’Ashram de Pondichéry (situé à une douzaine de kilomètres d’Auroville) est le lien intérieur et le support matériel.
Plus tard la vision d’Aurobindo s’accomplira plus avant. Des poignées de terre venues de cent vingt-quatre pays seront déposées dans une urne au centre de la future ville lors de l’inauguration, le 29 février 1968. Et Mère lira la Charte, assise sur un haut tabouret dans sa chambre, Satprem à son côté. « Auroville n’appartient à personne en particulier, mais à toute l’humanité dans son ensemble… »
Depuis le début de l’aventure, Satprem rencontre beaucoup de jeunes qui viennent là, attirés par l’espoir d’une autre vie et d’autres conditions humaines : pas de frontières, pas d’argent, pas de police, pas de religions – un sens du sacré sans solennité. Lui-même habite Chinna Mudaliar Chavadi, un village en bordure de Pondichéry. Le soir, sur sa terrasse, il se tourne dans la direction d’Auroville et sent comme un espoir en ces quelques hommes « qui accepteraient de faire l’expérience de la nouvelle Conscience dans leur corps et dans leur vie – cette conscience de l’unité matérielle du corps terrestre. Comment cela peut-il s’incarner dans une vie collective ? »
Comment Satprem va-t-il vivre aux côtés de Mère ? Comme l’oiseau migrateur qui a besoin de son envol mais revient toujours au pays. Sauf dans les quelques dernières années, où il sera emporté et absorbé dans l’expérience de son aînée : il ne songera alors plus du tout à bouger. Il l’écoutera, posant des questions ou la laissant à ce qu’elle aura à dire, ou à ne pas dire. Il restera ainsi dix-neuf ans auprès d’elle, de 1954 à 1973, lorsque Mère quittera son corps.
Dans son film-interview L’homme après l’homme, il partage ses visions fiévreuses et fulgurantes – celle notamment où il explique que le « supramental » nous est aussi inconcevable de l’homme le fut à son ancêtre singe, ou que la vie « adulte » l’est au fœtus qui, se sentant poussé vers la sortie, s’imagine qu’il va mourir. Il venait juste de compléter l’édition et la publication des treize tomes de l’Agenda de Mère.
Cet interview était son cadeau au monde avant de tourner une nouvelle page de vie. Pourquoi décide-t-il de se retirer du monde ? Il répond lui-même à cette question : « Toujours, dans cette exis­tence humaine l’habitude a voulu que les disciples – qu’ils soient de Rembrandt, du Christ ou de Monsieur Jung – prennent le manteau du Maître et fassent leur petite, ou leur grande affaire de celui qui a jeté la graine nouvelle – heureux s’ils n’en font pas une Église.
Le Maître a parlé et puis on va dévider la même bobine, quelques échelons plus bas, à la dimension populaire, devant les divers micros et caméras du monde. On écrit des livres, on fait des conférences, on vous décerne des prix et on finit dans le diction­naire Larousse – mais le corps, lui, va au cimetière, comme tous les autres ».

Il s’agit de la faire, cette évolution, et d’incarner un peu

Satprem a toujours refusé le rôle du gourou. Ce qui n’aurait pas manqué d’arriver s’il était resté un personnage public. Mère était le gourou et le guide : ses bras étaient ouverts à tous et à chacun, nuit et jour. Elle acceptait tout, prenait tout, comme le Divin porte tout – ou est tout. Satprem n’aurait jamais pu ni voulu faire un tel travail. Il voulait tenter de réaliser l’expérience :
« Mère et Sri Aurobindo m’ont obligé à survivre et à trouver le Lieu de l’Avenir qui ne serait plus du vieil “humain amélioré”. Extraire cette fois-ci, et une fois pour toutes, le Feu puissant, le sublime Pouvoir au fond des cellules du corps qui pourrait tout changer, ce formidable tremblement de terre qui pourrait re-créer une Terre nouvelle et faire crier un Oui pour toujours au fond de la vieille désespérance. »
Et puis il est à la recherche – et se retrouve dans un état qui ne permet guère les contacts. Dépouillé de l’épaisseur obscure qui nous sert de protection, en quelque sorte, un peu « comme un scaphandrier sans scaphandre », dit-il.
Sur les pas de Sri Aurobindo et de Mère, il découvre à son tour la véracité des révélations védiques. « Va où nul n’est allé… Creuse plus profond, plus dedans encore, jusqu’à l’inexorable pierre au fond et frappe à la porte sans clef » , dit un poème de Sri Aurobindo.

L’ermite

Concrètement, Satprem et Sujata sa compagne commencent par partir en quête d’une île tranquille, sorte d’ancien rêve de Satprem, « l’Île de Mère » peut-être. Mais plus une seule île n’est vierge ! Ni vierge ni pleine de ce qui remplit. D’où leur retour en Inde…
Un certain nombre d’êtres ressentent l’Inde comme une mère, avec ses milliers d’années de Yoga, de connaissance et de sagesse qui vous portent. C’est dans l’air encore aujourd’hui – en dépit de la pollution du moindre village ! C’est aussi dans la substance de sa population, chez les gens simples de tous les milieux. Retiré, Satprem écrit beaucoup, avec ce don particulier de tirer des mondes sous sa plume, et un certain pouvoir de vous emmener dans l’expérience. Pourquoi tous ces livres ces dernières années ?
Il voudrait « donner » . Il essaie de transmettre un peu de ce qu’il vit, de toutes les façons il essaie. « Car Ils m’ont tout donné. Ils m’ont donné l’Amour qui sauve. » Une vie de Satprem, c’est l’intensité de plusieurs destins qui pressent en un être. La richesse de plusieurs vies en une, et un kaléidoscope de facettes.
Mais aussi, une vraie bataille tout du long pour déraciner la douleur et l’immense chagrin enregistré dans la substance humaine – à commencer par son propre « terrain » : « Je suis un lutteur d’un monde à naître, d’un vieux monde à déraciner et d’un nouveau à créer dans sa propre chair ».
C’est la tâche à laquelle il s’est consacrée pendent presque dix-huit ans. Il apprend à vivre dans un trop plein d’une puissance phénoménale, « à écraser un éléphant », disait Mère ! – mais qui ne pèse pourtant pas un gramme sur la balance. « Un monde inconnu », incompréhensible. Mais « comme si toute la Matière était faite de Splendeur, recouverte seulement d’une croûte d’illusion douloureuse et mortelle. »
S’il n’existe pas de méthode de ce yoga particulier, c’est que chaque individu a son chemin et doit faire ses découvertes. C’est que Mère et Sri Aurobindo prenaient toujours grandes précautions de ne rien « fixer » qui puisse être établi en dogme. « Ceci est bon, ceci est mauvais », etc. Non, ce qui est bon pour l’un peut ne pas aider au progrès de l’autre. « Il faut marcher et la piste se dessine sous les pas », dit-il.
À part cela, depuis Sri Aurobindo ou l’Aventure de la Conscience, jusqu’au Mental des Cellules en passant par la Trilogie de Satprem sur Mère où se trouve ramassée l’essence de l’Agenda de Mère, le tout abonde de méthodes, et surtout de clés !
Ses Carnets d’une Apocalypse révèlent l’expérience jour après jour, qu’il a pris la peine de noter on ne sait comment ! « Le corps se laisse complètement faire comme une algue dans le courant. Mais c’est un courant formidablement dense et irrésistible… Cela a l’air tout à fait mécanique. Le phénomène se déroule indéfiniment, comme la houle de l’océan. » En bon marin qu’il est, les vagues continuent.
Vagues ondulantes qu’il perçoit bleu saphir, et impératives : « Des masses denses, brûlantes, qui montent, vague après vague, depuis le bout des pieds jusqu’en haut, puis traversent le cerveau comme une impossible marée, pourtant possible… »
Debout il tangue, le Marin, « comme un bateau qui est plein », disaient les Rishis védiques il y a… cinq ou sept mille ans en Inde.
Son centre de gravité semble un peu répandu et… dansant ! Jour après jour et depuis toutes ces années, il atteste, comme avant lui le grand Sri Aurobindo l’avait constaté, la véracité et la profondeur des litanies du Rig-Véda : que les Rishis n’exprimaient pas de futiles fantaisies ni ne se bornaient à la simple vénération de la nature, mais plutôt transcrivaient avec précision d’extraordinaires expériences intérieures, jusque dans leur propre matière physique. Leur langage portait double sens pour être reconnu de celui qui vivait l’expérience, tout en étant compris au premier degré par le regard ordinaire. Une étrange « impossibilité physiologique vécue ».
« Tout cela n’est certainement pas pour un petit individu », remarque souvent Satprem, cela n’aurait pas de sens. Son aspiration est pour la Terre. Et à découvrir, si bon nous semble !
(Par Nicole Elfi pour la revue Clés)